1997 Souvenez-vous, la chanson essuie de plein fouet la déferlante des boys bands (2 Be 3, G. Squad, Worlds Apart, Alliage...) et des airs latinos. Un, dos, tres... Rien n'est alors plus en vogue que la variété populaire, dégoulinante de bons sentiments, de refrains indigents et de torses épilés. Dans cette liesse sur vitaminée, le premier CD de Baguian, «
PAS MAL », produit par Francis Cabrel, accroche les oreilles averties. Jazzy à souhait, malicieux, pétri de trouvailles littéraires, l'album est encensé par la critique. Porté par le succès des Vélos d'Amsterdam - que France Inter diffuse à l'envie, Baguian décroche même le Grand Prix de l'Académie Charles Cros. Une référence, à l'heure où l'on nous assommait de “chanteuses à voix” braillant des fadaises... Car il était venu le temps des cathédrales !
2000 Plus sombre que le précédent, mais tout aussi réjouissant, «
MES CHANTS » conforte Baguian dans son statut d'original, d'apôtre d'une chanson foisonnante, ironique et lettrée. Le disque, réalisé à nouveau par Richard Seff, contient même l'une des plus belles réussites de l'année: On est seul au fond. De ces perles qui posent un auteur, imposent le respect et vous font présenter à l'Olympia par Claude Nougaro en personne comme un “écrivain de chansons”. La presse fêta ce CD, Baguian s'éclatait en tournée, pendant que la téloche glorifiait la real TV. Car il était venu le temps des stars très académiques !
Qui pouvait alors présager que l'on célèbrerait bientôt le renouveau de la chanson dite “à texte” ?
De nombreux auteurs (V. Delerm, Bénabar, C. Bruni, etc), profitèrent dès 2002-2003 d'une soudaine passion des médias pour la SNCF et l'art de la ritournelle - ce genre fraîchement déniaisé par quelques figures dont Baguian. Car Vincent Baguian fait partie de ces insoumis qui, avec Miossec et Clarika, au mitan des années 90, ont redonné à la chanson ses lettres de noblesse.
Après avoir co-écrit le conte musical
SOL EN CIRQUE (certifié double disque d'or en 2004) et signé la plupart des textes du deuxième album d'Élisa Tovati, JE NE MÂCHE PAS LES MOTS (2006), voici enfin le troisième tome des aventures Baguianesques : «
CE SOIR C'EST MOI QUI FAIS LA FILLE ». Et l'on s'en souviendra! Car Baguian enfonce le clou. Se révélant au passage moins mâle, plus coquet, que son profil de costaud n'en donne l'air... Unique en son genre, tendre, philosophe et mordant, il égrène son bagou avec l'élégance du panda. Son immense qualité, c'est sa singularité. Car Baguian ne rappelle personne. Il vise juste et ses chansons tapent dans le mille. Réalisée par Dominique Blanc-Francard et Philippe Paradis, voilà une galette haut de gamme qui signe en beauté le come-back de l'un des auteurs les plus fins de sa génération. Calogero (Ce soir, c'est moi qui fais la fille), Zazie (Je suis une tombe ; + ch..urs de luxe dans C'est pas gagné d'avance) lui font l'amitié d'accompagner ses mots, ses doutes et ses fulgurances, insufflant par là même une veine pop et rock au tableau. Élodie Frégé, enfin, lui donne joliment la réplique pour un duo iconoclaste (Je ne t'aime pas).
Oui, cet album pourrait bien être celui de la renommée. Voilà qui serait rigolo, puisque Vincent Baguian ne court pas après ses trompettes. Voilà surtout qui mettrait en lumière un artiste essentiel, atypique, captivant. Et cela nous ferait du bien dans un monde où la priorité consiste souvent à être connu avant de mériter toute reconnaisance. Chacun jugera sur pièce, car ce disque parle de lui-même, et nous avons tous des oreilles !
Baptiste Vignol
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