L'amour dans la rue est le premier album de sève et de convictions d'un Helvète longtemps underground dont les chansons sont autant d'éloges de la différence. En lutte avec les a priori de toute espèce, en butte, l'air de rien, aux discriminations, le répertoire de K charrie la noblesse de l'humaniste, le sang d'un loyal qui a le coeur sur la main. Découverte du Printemps de Bourges, talent suisse choisi par les radios pour Couleurs francophones, Bravo des pros au festival de Montauban, Coup de coeur de l'Académie Charles Cros, passages remarqués aux Francofolies de La Rochelle et au Festival international de la chanson de Granby, K a accumulé ces deux dernières années les récompenses. Sans jamais perdre le nord de ses couplets-refrains à visage humain. Ne démentant pas l'un de ses principes phares: « La vie ne te laisse jamais tomber si tu réalises les choses avec amour ».
Son chant de sève et de convictions donc, son idéalisme poétique, son écriture au cordeau font mouche et merveille. Mais pour mieux cerner K et son timbre fiévreux, il faut retracer l'alphabet d'une lente maturation. Car le patronyme expéditif de Nicolas Michel symbolise surtout une solide détermination. De celle qui, au final, font tomber le masque, les barrières et les hésitations.
Ce Lausannois, ancien étudiant en art dramatique de l'Ecole du Théâtre national de Chaillot à Paris, aura mis du temps à choisir entre deux passions précoces et tenaces. Même si, « secrètement, c'est la chanson » qui occupait ses rêves. De désillusions brutales en signes réjouissants du destin, de va-et-vient entre petites compositions bricolées au piano et vertiges vécus sur les planches, d'un bac scientifique à des cours de français dispensés en prison, la destinée de K se dessine peu à peu. Après une expérience à la barre du groupe So7sTe, quatre maquettes saisonnières (
K d'été, d'automne, etc), le chanteur au verbe franc et timbre passionnel connaissait enfin la délivrance avec
L'Arbre rouge. Première mouture en 2005 d'un album aux belles utopies aujourd'hui habillé musicalement de neuf, agrémenté de chansons inédites et rebaptisé L'amour dans la rue. Toujours accompagné de ses deux accolytes, Daniel Bleikolm aux claviers et Jérémie Duciel à la batterie, avec l'aide de Wagram et le concours de Marcello Giuliani (croisé chez Erik Truffaz Quartet, Etienne Daho, Stephan Eicher, Henri Salvador, Tété, Geoffrey Oryema) à la co-réalisation.
Un répertoire qui glisse de mots rêches en maux d'époque, du désir charnel au plaisir fantasmé de la paternité. Et butine avec malice et délice à toutes les fleurs de la vie.
L'amour dans la rue, en greffant à son écriture raffinée une intensité de chant et des orchestrations souples et mosaïques. Les partitions entremêlent habilement acoustique et électricité, rythmes carrés ou suspendus, airs syncopés et parfums d'Afrique. Pour une célébration sens-dessus-dessous des cinq sens et, surtout, du sens que peut revêtir une vie. Dans ce répertoire, on décèle tour à tour des affinités électives avec Brel («La Cendre»), Vian, le romantisme pop ou Noir Désir (« Smoke »). Quand bien même l'auteur-compositeur et interprète avoue avoir goûté au miel de Balavoine. C'est sans doute en raison de cela que surgit le côté humaniste d'un Nicolas Michel par ailleurs ataviquement devenu adepte des retraites méditatives. Au fil de ses portraits des turpitudes et trahisons humaines, ce sont des points de vue intimes qui affleurent. Sans faux-semblants ni postures, sans chichis ni flonflons, L'Amour dans la rue est un roc d'auto-détermination.
En filigrane, certains textes de cet incorrigible rêveur en perpétuelle « quête de bien-être » (« Les nantis », «L'émigré », « Mes aïeux ») ne renient pas non plus la critique sociale. Altruisme et émerveillement philosophique guident désormais les pas d'un K qui se bat pour un monde haut en couleurs, plus éthiquement gouverné et équitablement pensé. Tout en évitant dans ses ressentis chantés les écueils de la naïveté.
Au fil des ans, Nicolas Michel a aussi peu à peu délaissé des textes uniformément dramatiques et baudelairiens pour y projeter ses envies, idéaux et utopies. Démarche positiviste que le trentenaire aux quelques poussières résume limpidement: « Une chanson est une formule magique, une clé d'existence. Je dépeins donc le monde comme s'il était déjà tel qu'il me plaît ». Il cherche donc partout « des coins de baraka », des fleurs sous les piquants, la beauté au-delà d'une prime laideur, des espérances sous le cynisme d'un monde qui va à vau l'eau. Sans moralisme pour autant, la plume de K se montre suffisamment maligne et sibylline pour évoquer ou dénoncer ce qu'elle trimballe sur le coeur. Il préfère laisser le propos mûrir, grandir de couplets en refrains plutôt que de trop tôt le déflorer. Plus que son salut, K a trouvé dans la chanson sa voie intérieure. Dans l'ombre passionnelle de L'amour dans la rue et les clairs-obscurs de son répertoire, carmin et noir s'embrassent et s'embrasent. Et K, initiale pour voix royale, de célébrer la vie comme de danser sur la mort au moindre souffle, sans bannières ni oeillères.
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Membres :•
Nicolas Michel: Chant & Guitare
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Daniel Bleikolm: Clavier
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Jeremie Duciel: Batterie
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